{"id":127,"date":"2016-01-19T11:16:26","date_gmt":"2016-01-19T10:16:26","guid":{"rendered":"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/?p=127"},"modified":"2016-01-19T11:16:26","modified_gmt":"2016-01-19T10:16:26","slug":"liberty-valance-par-miguel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/index.php\/2016\/01\/19\/liberty-valance-par-miguel\/","title":{"rendered":"Liberty Valance par Miguel"},"content":{"rendered":"<p><strong>L\u2019Homme qui tua Liberty Valance<\/strong><\/p>\n<p><em>par Miguel Cvetanovic 1<sup>\u00e8re<\/sup> L2<\/em><\/p>\n<p>Moi et le western, c&rsquo;est une histoire r\u00e9cente. Avant de m&rsquo;aventurer dans les classiques du genre (chose faite tr\u00e8s r\u00e9cemment et qui d&rsquo;ailleurs est loin de se terminer), je n&rsquo;avais pour seules r\u00e9f\u00e9rences, en tant que westerns, que <em>Retour vers le futur III<\/em> (oui, ce film transpire le western dans son esth\u00e9tique et dans ses r\u00e9f\u00e9rences) de Robert Zemeckis (comme s&rsquo;il y avait besoin de le pr\u00e9ciser), et <em>Django Unchained<\/em> de Quentin Tarantino. Autant vous dire que j&rsquo;\u00e9tais relativement un novice quant au monde des d\u00e9serts arides, musiques solennelles et autres cowboys. Quoi qu&rsquo;il en soit, aujourd&rsquo;hui la \u00ab\u00a0Trilogie du Dollar\u00a0\u00bb et <em>Mon nom est personne<\/em> font maintenant partie int\u00e9grante de ma culture cin\u00e9matographique (et ce, pour mon plus grand bonheur). Bref, je commence \u00e0 appr\u00e9cier et \u00e0 connaitre ce genre, j&rsquo;en connais les gimmicks, les codes. Puis, lors d&rsquo;une sortie scolaire (que voulez-vous parfois le syst\u00e8me \u00e9ducatif peut apporter de bonnes choses) j&rsquo;ai eu l&rsquo;opportunit\u00e9 de voir, qui plus est, sur grand \u00e9cran et en version originale, ce film consid\u00e9r\u00e9 comme culte, <em>L&rsquo;Homme qui tua Liberty Valance<\/em> du r\u00e9alisateur John Ford. (Il m\u2019aura donc fallu attendre avant que moi petit provincial \u2013 qui n&rsquo;ai jamais droit aux versions originales, s\u00fbrement parce que les distributeurs pensent que les habitants du Sud de la France ne savent pas lire des sous-titres \u2013 puisse voir pour la premi\u00e8re fois un film en version originale lors d&rsquo;une sortie scolaire !)<\/p>\n<p>Avant d&rsquo;aborder le long-m\u00e9trage plus en d\u00e9tails, je ne vous cache pas, cher lecteur, que l&rsquo;envie de faire cette critique ne m\u2019est pas spontan\u00e9ment venue (bien qu&rsquo;un jour ou l&rsquo;autre je l&rsquo;aurais \u00e9crite). En effet, c&rsquo;est sous la demande d&rsquo;un professeur que je l&rsquo;\u00e9cris aujourd&rsquo;hui (vous avouerez qu&rsquo;il est peu commun qu&rsquo;un professeur vous demande de faire un boulot que vous faites quasiment tous les jours).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Alors si vous le voulez bien, installez vous confortablement, au coin du feu si vous en avez envie, et appr\u00eatez-vous \u00e0 lire mon sentiment ainsi que mon analyse de ce film, parce que, mine de rien, j&rsquo;ai beaucoup \u00e0 dire. Alors commen\u00e7ons ! Demandons-nous d\u2019abord si le film de John Ford est bien un western ou bien s\u2019il s\u2019agit d\u2019un hommage \u00e0 ce genre. Question plut\u00f4t stupide, me r\u00e9torquerez-vous. Eh bien d\u00e9trompez-vous ! Certes, tous les \u00e9l\u00e9ments du western sont pr\u00e9sents, les grands angles, la musique solennelle voire m\u00eame c\u00e9r\u00e9monielle (du moins au g\u00e9n\u00e9rique), les d\u00e9cors d\u00e9sertiques, les duels, les braquages de diligences et bien \u00e9videmment John Wayne, v\u00e9ritable ic\u00f4ne du genre. Seulement, cela serait s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 la surface m\u00eame de ce film, et cela serait oublier son but ainsi que toutes les pistes de r\u00e9flexion qu&rsquo;il apporte. A premi\u00e8re vue, <em>L&rsquo;Homme qui tua Liberty Valance<\/em> reste acad\u00e9mique (plans fixes et longs), dans sa mise en sc\u00e8ne, simple dans son sc\u00e9nario et dans le traitement de ses personnages, mais en r\u00e9alit\u00e9 il est bien plus intelligent qu&rsquo;il n&rsquo;y para\u00eet.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0, il poss\u00e8de une port\u00e9e politique ind\u00e9niable, et c&rsquo;est le personnage de Ranson Stoddard, interpr\u00e9t\u00e9 par James Stewart, qui la repr\u00e9sente le mieux : il est le repr\u00e9sentant de la loi et du monde de l&rsquo;Est (l\u2019avenir politique et \u00e9conomique de l\u2019Ouest). Ses principes vont \u00eatre mis \u00e0 mal d\u00e8s son arriv\u00e9e dans le monde impitoyable o\u00f9 r\u00e8gne la loi de l&rsquo;Ouest (le pass\u00e9, voire m\u00eame la repr\u00e9sentation d&rsquo;un mode de vie archa\u00efque). Notez l&rsquo;opposition entre le mode de l&rsquo;Ouest et celui de l&rsquo;Est.<\/p>\n<p>Ensuite, il y a cette propension \u00e0, dirons-nous, \u00ab\u00a0casser\u00a0\u00bb les codes du western avec une grande subtilit\u00e9 : le personnage d&rsquo;Hallie, interpr\u00e9t\u00e9 par Vera Miles, incarne la liaison entre l&rsquo;avenir (Ranson) et le pass\u00e9 (Tom Doniphon), le personnage jou\u00e9 par John Wayne, qui lui repr\u00e9sente le western \u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;ancienne\u00a0\u00bb. Ce dernier est donc mis en retrait, et le fait qu&rsquo;il \u00ab\u00a0tourne la page\u00a0\u00bb de ses objectifs, de ses projets d&rsquo;homme de l&rsquo;Ouest en dit long sur les intentions de Ford. Celui-ci veut donc bien rendre hommage, en allant de l&rsquo;avant et en cl\u00f4turant avec respect l&rsquo;\u00e2ge du grand Ouest (d&rsquo;o\u00f9 la transformation de la ville d\u00e9peinte tout le long du film, passant d&rsquo;un lieu \u00ab\u00a0ensauvag\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 une v\u00e9ritable petite ville). D&rsquo;ailleurs il faut remarquer que le film est sorti en 1962, soit en fin de vie du genre. L\u00e0 est l&rsquo;une des plus grandes forces du film\u00a0: John Ford repr\u00e9sente l&rsquo;histoire de l&rsquo;Ouest am\u00e9ricain (et sa fin donc) par le prisme de l&rsquo;\u00e9volution psychologique de ses personnages principaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais, mise \u00e0 part la qualit\u00e9 d&rsquo;hommage au genre que nos amis italiens ont ensuite parfaitement d\u00e9poussi\u00e9r\u00e9, il est \u00e9galement utile de vous informer que le grand John Ford a aussi pens\u00e9 son film intelligemment dans sa mise en sc\u00e8ne. Vous le savez certainement, mais quand on est metteur en sc\u00e8ne, on ne choisit pas de placer sa cam\u00e9ra au hasard. Ce que l&rsquo;on montre peut, suivant la fa\u00e7on dont la cam\u00e9ra est positionn\u00e9e, porter un message, une vision, ou laisser des indices sur l&rsquo;intrigue, sur les personnages ou sur le d\u00e9veloppement de m\u00e9taphores. Et sur ce point, le cin\u00e9aste n&rsquo;y va pas de \u00ab\u00a0main morte\u00a0\u00bb. Chaque plan est calcul\u00e9 m\u00e9ticuleusement pour retranscrire une \u00e9motion, un fait, une m\u00e9taphore, ou une opposition (et croyez-moi, une semaine ou deux d&rsquo;analyse en cours ne trompent pas). Par exemple, il y a quantit\u00e9 de sc\u00e8nes o\u00f9 Ford joue sur un double espace\u00a0: le journal et l&rsquo;\u00e9cole ; la cuisine et la salle du restaurant ; l&rsquo;ancienne partie de l&rsquo;humble demeure de Tom et la partie nouvelle, en construction qu\u2019il d\u00e9truit en m\u00eame temps que ses illusions. Ainsi, le r\u00e9alisateur cr\u00e9e une opposition ou un prolongement entre deux espaces, ce qui produit un effet de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9. Ainsi pour le cas de la maison de Tom, l&rsquo;ancienne partie le repr\u00e9sente \u00e0 lui, repr\u00e9sente donc son pass\u00e9, sa vie de cowboy ; et la nouvelle partie repr\u00e9sente Hallie et son avenir (impossible) avec elle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Et vous savez quoi ? John Ford ne s&rsquo;arr\u00eate pas l\u00e0\u00a0! Pour lui, jouer sur la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 et pr\u00e9senter avec respect l&rsquo;effacement d&rsquo;un mythe cin\u00e9matographique dans un contexte politique, ce n&rsquo;est pas assez. Il ajoute une m\u00e9taphore de plus au personnage de Tom par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;un cactus, plante solitaire et piquante, un peu comme l\u2019est le personnage. De m\u00eame, les premiers plans et le dernier, bien qu\u2019anecdotiques, forment une jolie m\u00e9taphore de l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma : en effet le train repr\u00e9sentant les premiers pas du cin\u00e9ma (avec les fr\u00e8res Lumi\u00e8re) et de l&rsquo;industrialisation (de l&rsquo;Ouest pour le coup), il est facile de comparer ce train, arrivant d&rsquo;un monde inconnu et partant vers l&rsquo;avenir sans pour autant rebrousser totalement chemin, \u00e0 l&rsquo;histoire des Etats-Unis qui, bien qu&rsquo;\u00e9voluant, ont gard\u00e9 une forte empreinte de l&rsquo;Ouest. Et Ford va encore plus loin dans la construction rythmique m\u00eame de son film. Quand on en vient \u00e0 remarquer que des \u00e9l\u00e9ments sc\u00e9naristiques se font \u00e9cho (comme l&rsquo;entr\u00e9e et la \u00ab\u00a0sortie\u00a0\u00bb de Liberty Valance) \u00e0 des moments quasi parall\u00e8les (l\u00e0 pour le coup \u00e0 40 et \u00e0 80 minutes), on se rend vite compte que John Ford avait un souci du d\u00e9tail \u00e0 la limite du perfectionnisme si je puis dire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On peut en parler des heures, voire m\u00eame des jours de ce film (je vous rappelle les deux semaines d&rsquo;analyse en cours). Je pourrais encore parler du choix du Noir &amp; Blanc qui n&rsquo;est pas anodin et qui permet de mieux jouer sur les ombres et sur ce qu&rsquo;elles repr\u00e9sentent m\u00e9taphoriquement\u00a0; ou encore de l&rsquo;alternance de deux registres, noble et burlesque, ou m\u00eame encore du personnage de Peabody, interpr\u00e9t\u00e9 par Edmond O&rsquo;Brien, personnage constamment dans l&rsquo;autod\u00e9rision, mais dans lequel s\u2019incarnent de forts enjeux politiques, notamment le r\u00f4le de la presse\u00a0; ou bien du r\u00f4le de la musique appuyant les diff\u00e9rents tons de l\u2019\u0153uvre par une composition certes discr\u00e8te et utilis\u00e9e avec parcimonie et intelligence (on retient les th\u00e8mes caract\u00e9risant les protagonistes, notamment celui d\u2019Hallie)\u00a0; ou encore des fondus enchain\u00e9s, ou du flash-back dans le flash-back (et on \u00e9tait bien avant <em>Inception<\/em> et <em>Existenz<\/em> &#8211; Waouh ! J&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 placer Zemeckis, Tarantino, Nolan et Cronenberg dans une critique de Western, je pensais ne jamais y arriver !). Bref, on pourrait dire \u00e9norm\u00e9ment de choses donc. Du simple d\u00e9tail jusqu&rsquo;\u00e0 la vision d&rsquo;un temps r\u00e9volu, ce film regorge d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments tous plus int\u00e9ressants et intrigants les uns que les autres. Il est clair que je ne peux que vous conseiller une telle \u0153uvre, et m\u00eame si vous n&rsquo;en percevez pas toutes les subtilit\u00e9s, je vous assure qu&rsquo;elle demeure passionnante \u00e0 suivre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au final, <em>L&rsquo;Homme qui tua Liberty Valance<\/em> est une de ces \u0153uvres qui en disent long sur leur \u00e9poque, une de ces \u0153uvres intelligentes et donnant une nouvelle vision du western, plus moderne, (et qui d&rsquo;ailleurs est plus proche de l\u2019hommage). C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 sa mise en sc\u00e8ne exprimant parfaitement les enjeux m\u00e9taphoriques et psychologiques et \u00e0 ses acteurs d&rsquo;exception, une \u0153uvre marquante et passionnante. Alors, s\u2019il est clair que je pr\u00e9f\u00e8re les westerns de Sergio Leone qui ont une ambiance presque sacrale et visc\u00e9rale et qui usent de compositions exceptionnelles, je ne peux cependant que vous conseiller celui-ci qui dans son apparente simplicit\u00e9 demeure sacr\u00e9ment intelligent et qui \u00e0 mon avis reste culte et intemporel.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019Homme qui tua Liberty Valance par Miguel Cvetanovic 1\u00e8re L2 Moi et le western, c&rsquo;est une histoire r\u00e9cente. 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