{"id":2520,"date":"2019-01-14T09:26:05","date_gmt":"2019-01-14T08:26:05","guid":{"rendered":"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/?p=2520"},"modified":"2019-01-15T10:29:46","modified_gmt":"2019-01-15T09:29:46","slug":"wajdi-mouawad-tous-des-oiseaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/index.php\/2019\/01\/14\/wajdi-mouawad-tous-des-oiseaux\/","title":{"rendered":"Wajdi Mouawad \/ Tous des oiseaux"},"content":{"rendered":"<p>Les \u00e9l\u00e8ves de l&rsquo;option th\u00e9\u00e2tre ont assist\u00e9 \u00e0 la repr\u00e9sentation de <em><a href=\"https:\/\/theatre-cite.com\/programmation\/2018-2019\/spectacle\/tous-des-oiseaux\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Tous des oiseaux<\/a>, <\/em>\u00e9crit et mis en sc\u00e8ne par Wajdi Mouawad, au th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 \u00e0 Toulouse au mois d&rsquo;octobre 2018.<\/p>\n<p>\u00c9crits autour de la pi\u00e8ce :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">L&rsquo;article de Na\u00efs<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/wp-content\/uploads\/NaisOiseaux2.pdf\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/wp-content\/uploads\/NaisOiseaux2-page-001-724x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"aligncenter wp-image-2523 size-large\" width=\"724\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/wp-content\/uploads\/NaisOiseaux2-page-001-724x1024.jpg 724w, https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/wp-content\/uploads\/NaisOiseaux2-page-001-212x300.jpg 212w, https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/wp-content\/uploads\/NaisOiseaux2-page-001-768x1086.jpg 768w, https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/wp-content\/uploads\/NaisOiseaux2-page-001-520x736.jpg 520w, https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/wp-content\/uploads\/NaisOiseaux2-page-001-740x1047.jpg 740w, https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/wp-content\/uploads\/NaisOiseaux2-page-001.jpg 1240w\" sizes=\"(max-width: 724px) 100vw, 724px\" \/><\/a><\/p>\n<h3 align=\"center\"><a href=\"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/wp-content\/uploads\/TousOiseauxJeanne.pdf\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/wp-content\/uploads\/TousOiseauxJeanne-page-001-724x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"aligncenter wp-image-2525 size-large\" width=\"724\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/wp-content\/uploads\/TousOiseauxJeanne-page-001-724x1024.jpg 724w, https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/wp-content\/uploads\/TousOiseauxJeanne-page-001-212x300.jpg 212w, https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/wp-content\/uploads\/TousOiseauxJeanne-page-001-768x1086.jpg 768w, https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/wp-content\/uploads\/TousOiseauxJeanne-page-001-520x736.jpg 520w, https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/wp-content\/uploads\/TousOiseauxJeanne-page-001-740x1047.jpg 740w, https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/wp-content\/uploads\/TousOiseauxJeanne-page-001.jpg 1240w\" sizes=\"(max-width: 724px) 100vw, 724px\" \/><\/a><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"center\">\n<h3 style=\"text-align: center;\" align=\"center\">L&rsquo;article de Thibault<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Wajdi Mouawad est un acteur, dramaturge et metteur en sc\u00e8ne libanais ayant v\u00e9cu au Canada et vivant actuellement en France. Tous des oiseaux est sa derni\u00e8re pi\u00e8ce, un retour aux grands r\u00e9cits \u00e9piques. Il s&rsquo;aventure aussi sur le territoire de \u00ab&nbsp;l\u2019ennemi&nbsp;\u00bb : Isra\u00ebl et le conflit qui s\u2019\u00e9ternise avec la Palestine mais surtout avec le Liban. L&rsquo;histoire d\u00e9bute avec la rencontre d\u2019Eitan (jeune chercheur allemand en g\u00e9n\u00e9tique) et de Wahida (jeune new-yorkaise pr\u00e9parant sa th\u00e8se sur Wass\u00e2n, intellectuel arabe du XVIe si\u00e8cle). La famille d&rsquo;Eitan, juive, n&rsquo;accepte pas cette union entre un Juif et cette jeune \u00ab&nbsp;Arabe&nbsp;\u00bb, et en particulier le p\u00e8re, David, qui se montre extr\u00eamement virulent sur le sujet. Mais dans le cadre d&rsquo;un voyage en Isra\u00ebl qui a pour but de rencontrer pour la premi\u00e8re fois sa grand-m\u00e8re, Eitan est victime d&rsquo;un attentat et est plong\u00e9 dans le coma.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La chronologie de l&rsquo;histoire s&rsquo;inscrit d\u2019ailleurs dans un contexte historique pr\u00e9cis : le personnage de David na\u00eet en 1967 pendant la Guerre des 6 jours tandis certains personnages se s\u00e9parent \u00e0 l&rsquo;issu de l&rsquo;op\u00e9ration \u00ab&nbsp;Paix en Galil\u00e9e&nbsp;\u00bb. Enfin, le cadre de l&rsquo;action se situe en 2017.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;un des pr\u00e9ceptes th\u00e9\u00e2traux de Mouawad est qu&rsquo;il veut que \u00ab&nbsp;le spectateur se sente immerg\u00e9 dans l&rsquo;histoire<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\" title=\"\">[1]<\/a>&nbsp;\u00bb. A l&rsquo;encontre de Brecht, son intention est de \u00ab&nbsp;happer le spectateur&nbsp;\u00bb afin de privil\u00e9gier les \u00e9motions. Il ajoute&nbsp;: \u00ab Je ne crois pas que cela vaille la peine de se d\u00e9placer au th\u00e9\u00e2tre si ce n&rsquo;est pas pour \u00eatre boulevers\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il met alors en place un sch\u00e9ma qu&rsquo;il utilise dans la majorit\u00e9 de ses cr\u00e9ations&nbsp;: \u00ab Le d\u00e9but commence toujours par la fracture d&rsquo;un des personnages. Un quotidien tranch\u00e9. [&#8230;] La question de la crise va n\u00e9cessairement surgir&nbsp;\u00bb. L&rsquo;attentat est donc ici l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment tragique intervenant dans le quotidien. Le mot crise est significatif&nbsp;: son \u00e9tymologie veut dire \u00e0 la fois \u00a0\u00bbmanifestation violente\u00a0\u00bb et \u00a0\u00bbd\u00e9cision\u00a0\u00bb, \u00a0\u00bbchoix\u00a0\u00bb. En effet, les crises sont en r\u00e9alit\u00e9 multiples : les v\u00e9ritables origines de David ou encore la r\u00e9v\u00e9lation identitaire de Wahida. L&rsquo;histoire est dense et forte, ne laissant pas le spectateur indemne. Il n&rsquo;y a aucune complaisance dans les repr\u00e9sentations, comme la sc\u00e8ne du viol par exemple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cette volont\u00e9 d\u2019\u00e9mouvoir en happant le public se traduit aussi dans plusieurs domaines de la mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le cosmopolitisme linguistique tenait W. Mouawad \u00e0 c\u0153ur, et la pi\u00e8ce (sous-titr\u00e9e en fran\u00e7ais) est donc jou\u00e9e en quatre langues diff\u00e9rentes&nbsp;: l&rsquo;Anglais, l&rsquo;Allemand, l&rsquo;H\u00e9breu ainsi que l&rsquo;Arabe. Ce parti pris apporte du relief aux sc\u00e8nes : durant le conflit entre David et Eitan, le p\u00e8re s&rsquo;exprime en H\u00e9breu tandis que le fils lui r\u00e9pond en Allemand, ce qui met en valeur l&rsquo;opposition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La musique utilis\u00e9e lors de cette pi\u00e8ce est divisible en deux formes. La premi\u00e8re est la musique \u00ab&nbsp;assum\u00e9e&nbsp;\u00bb jou\u00e9e par des instruments tels que le violoncelle, renfor\u00e7ant la forme \u00e9pique et tragique de certaines sc\u00e8nes ; aux instruments \u00e0 cordes classiques s\u2019ajoutent des instruments plus traditionnels comme la cithare. Mariant donc la musique classique et traditionnelle du Moyen-Orient, Mouawad rappelle sa volont\u00e9 de multiculturalisme. De plus, l\u2019\u00e9l\u00e9ment musical est mani\u00e9 de sorte \u00e0 amplifier la puissance de chaque sc\u00e8ne&nbsp;: la musique s\u2019interrompt brusquement durant le repas opposant David a son fils, augmentant la tension, et s&rsquo;amplifie durant la sc\u00e8ne du viol de Wahida, le rendant insupportable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me forme \u00ab&nbsp;musicale&nbsp;\u00bb est constitu\u00e9e de sons (bruits, vibrations, r\u00e9sonance) ou nappes sonores musicales discr\u00e8tes, participant \u00e0 l&rsquo;ambiance et travaillant \u00e0 l&rsquo;\u00e9motion du spectateur. Certains marquent l&rsquo;esprit : on retient les avions qui passent au-dessus de la sc\u00e8ne dans un fracas assourdissant, les \u00a0\u00bbbip\u00a0\u00bb des appareils m\u00e9dicaux de la chambre d\u2019h\u00f4pital, l&rsquo;explosion ou encore la t\u00e9l\u00e9vision qui projette les actualit\u00e9s avec violence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;image et les couleurs aussi participent grandement \u00e0 appuyer chaque sc\u00e8ne : lors de la rencontre entre Wahida et Eitan, les couleurs sont chaudes alternant le bleu fonc\u00e9, le rouge&#8230; Repr\u00e9sentant bien ces instants joyeux et l\u00e9gers. Au contraire, durant le repas au cours duquel Eitan aurait d\u00fb pr\u00e9senter son amie \u00e0 sa famille, la lumi\u00e8re est blanche, dure, froide et l&rsquo;atmosph\u00e8re n&rsquo;en devient que plus violente. Enfin, des projections vid\u00e9o telles que les mouvements de l\u2019\u00e9lectrocardiogramme ajoutent de la tension. On peut aussi d\u00e9celer une modification majeure dans un des costumes, celui de Wahida, qui met en perspective l&rsquo;\u00e9volution du personnage. Dans la premi\u00e8re partie, Wahida est habill\u00e9e en robe rouge tandis qu&rsquo;apr\u00e8s le r\u00e9veil d&rsquo;Eitan, elle appara\u00eet en jeans, les cheveux courts. Elle quitte donc progressivement un arch\u00e9type f\u00e9minin pour aller vers une posture plus neutre. Cette \u00e9volution traduit sa profonde transformation interne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;histoire et les \u00e9l\u00e9ments de mise en sc\u00e8ne participent donc \u00e0 la force de la pi\u00e8ce. Mais Mouwad int\u00e8gre en plus une particularit\u00e9 qui lui est propre. Sa vie personnelle est empreinte de diversit\u00e9 et il tenait \u00e0 ne pas faire \u00ab une histoire lin\u00e9aire, mais une fragmentation. \u00bb Le rythme est effectivement particulier comprenant des ralentis, des arr\u00eats sur image (durant l&rsquo;explosion), des analepses (quand David redevient jeune devant l&#8217;emplacement de son ancien petit piano) et m\u00eame des superpositions de plusieurs temporalit\u00e9s : quand Wahida raconte le repas de la famille juive \u00e0 Leah (la grand-m\u00e8re d&rsquo;Eitan), les deux personnages se d\u00e9placent autour de la sc\u00e8ne en question comme des spectatrices invisibles aux autres personnages. Plus tard, l&rsquo;intellectuel Hassan Ibn Muhamed el Wassan en personne se mat\u00e9rialise sur sc\u00e8ne pour intervenir dans l&rsquo;action&#8230; puisqu&rsquo;au th\u00e9\u00e2tre \u00ab les images font offices de miracles, d&rsquo;apparition fantomatiques \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces choix de mise en sc\u00e8ne concourent \u00e0 produire un r\u00e9cit grandiose&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tant qu&rsquo;\u00e0 raconter des histoires au th\u00e9\u00e2tre, autant que \u00e7a soit \u00e9norme, gigantesque romanesque ! Sinon ce n&rsquo;est pas la peine&#8230; \u00bb Participant \u00e0 cet aspect \u00e9pique voulu par le dramaturge, Tous des oiseaux s&rsquo;articule autour de deux l\u00e9gendes. Celle de Wassan, dit L\u00e9on L&rsquo;Africain, arrach\u00e9 \u00e0 son pays et converti de force par les Catholiques au XVIe si\u00e8cle ; et celle de l&rsquo;Oiseux Amphibie, l\u00e9gende persane. Cette derni\u00e8re raconte la mutation d&rsquo;un oiseau qui devient capable de vivre sous l&rsquo;eau parmi les poissons. C&rsquo;est une m\u00e9taphore parlante sur le monde et le rapport \u00e0 l&rsquo;Autre, l&rsquo;ennemi. Cette inclusion au texte compl\u00e8te l&rsquo;histoire et permet \u00e0 Wahida de comprendre v\u00e9ritablement le sujet de sa th\u00e8se.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Finalement, aller voir Tous des Oiseaux, c&rsquo;est \u00eatre boulevers\u00e9 positivement en \u00e9tant immerg\u00e9 dans l&rsquo;histoire et s\u2019approprier des r\u00e9flexions sur l&rsquo;identit\u00e9, la transmission aux g\u00e9n\u00e9rations suivantes des histoires pass\u00e9es, ou encore sur la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai ador\u00e9 la forme du spectacle et ses partis pris ainsi que la beaut\u00e9 du texte qui m&rsquo;a donn\u00e9 envie d&rsquo;approfondir mes connaissances de l\u2019\u0153uvre de Wajdi Mouawad.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><br clear=\"all\"><\/p>\n<hr width=\"33%\" size=\"1\" align=\"left\">\n<div id=\"ftn1\">\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\" title=\"\">[1]<\/a> Les paroles de Wajdi Mouawad sont extraites d\u2019un entretien avec Sylvain Diaz, Avec W. Mouawad, Tout est \u00e9criture, L\u00e9m\u00e9ac \/ActesSud<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\" align=\"center\"><i>Tous des Oiseaux<\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: center;\" align=\"center\">par Tellia<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">La repr\u00e9sentation de <em>Tous des oiseaux<\/em> est une immersion dans l\u2019\u0153uvre bouleversante qu\u2019est Le Th\u00e9\u00e2tre de Wajdi MOUAWAD. N\u00e9 au Liban le 16 octobre 1968, il quitte sa terre natale \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de huit ans \u00e0 cause de la guerre civile. Son exil le conduit ensuite \u00e0 Paris avec sa famille puis au Qu\u00e9bec en 1983. C\u2019est donc d\u00e8s l\u2019enfance que MOUAWAD fait face \u00e0 un pluralisme culturel qui inspire des \u0153uvres rythm\u00e9es par la diversit\u00e9. D\u2019ailleurs l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des com\u00e9diens de ce spectacle parlent couramment les langues qu\u2019ils utilisent dans la pi\u00e8ce et sont de la m\u00eame origine que leur personnages. On voit ici une v\u00e9ritable qu\u00eate de l\u2019authenticit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous des oiseaux est la premi\u00e8re pi\u00e8ce que nous avons vue cette ann\u00e9e\u2026. ou plut\u00f4t, que nous avons v\u00e9cue, car oui, cette exp\u00e9rience pla\u00e7ait le r\u00f4le du spectateur bien plus haut que le simple fait d\u2019\u00eatre diverti. Nous \u00e9tions \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la pi\u00e8ce qui, elle, nous guidait \u00e0 travers beaucoup d\u2019histoires. D\u2019abord, celle d\u2019Eitan, un jeune homme juif vivant \u00e0 New York, en conflit avec sa famille tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 l\u2019Histoire juive, qui est donc r\u00e9volt\u00e9e par le fait qu\u2019il soit tomb\u00e9 follement amoureux de Wahida. Elle, c\u2019est une jeune femme arabe, en conflit avec elle-m\u00eame et dont la beaut\u00e9 n\u2019a d\u2019\u00e9gal que l\u2019intelligence et la fascination pour l\u2019homme qui fait l\u2019objet de sa th\u00e8se, Hassan Ibn Muhamed el Wazz\u00e2n, plus connu sous le nom de \u00ab&nbsp;L\u00e9on l\u2019Africain&nbsp;\u00bb. Diplomate, voyageur et historien arabe n\u00e9 \u00e0 la fin du XVe si\u00e8cle, il est forc\u00e9 de se convertir au Christianisme pour \u00eatre lib\u00e9r\u00e9 des mains du Pape L\u00e9on X, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 captur\u00e9 par des corsaires chr\u00e9tiens, de retour d\u2019un p\u00e8lerinage \u00e0 la Mecque. La relation entre ces trois personnages est le fil rouge qui liera ensemble toutes les autres histoires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour \u00e9crire cette pi\u00e8ce MOUAWAD s\u2019est inspir\u00e9 du mythe de L\u2019oiseau amphibie, l\u2019histoire de cet oiseau fascin\u00e9 par l\u2019Inconnu qu\u2019il voyait dans les poissons d\u2019un lac qu\u2019il survolait toujours, sans jamais pouvoir les rencontrer, averti par sa tribu du danger que cela engendrerait. Seulement l\u2019envie le d\u00e9vorant, il y est all\u00e9. Il a plong\u00e9 dans le lac et a dit aux poissons, \u00e0 son arriv\u00e9e, \u00ab&nbsp;je suis des v\u00f4tres&nbsp;\u00bb, quand soudain lui sont apparues des branchies. Ce mythe traite des sujets pour lesquels le metteur en sc\u00e8ne a beaucoup d\u2019int\u00e9r\u00eat et est exploit\u00e9 sous tous ses aspects par MOUAWAD. Plusieurs de ses personnages sont, par analogie, l\u2019oiseau amphibie. Il y a avant tout Eitan, prisonnier de son histoire qui est lui aussi mis en garde par son p\u00e8re du risque de rompre la perp\u00e9tuation de l\u2019h\u00e9ritage juif en s\u2019unissant \u00e0 une Arabe. Son amour pour Wahida est si fort qu\u2019il se jette quand m\u00eame dans le lac, il vit une histoire d\u2019amour avec une Arabe et s\u2019y sent \u00e0 sa place&nbsp;: il lui pousse des branchies. On peut \u00e9galement relier \u00e0 ce mythe Edgar qui malgr\u00e9 le conflit isra\u00e9lo-palestinien qui rend les rapports entre isra\u00e9liens et arabes tr\u00e8s difficiles, adopte un b\u00e9b\u00e9 arabe qu\u2019il trouve dans une maison palestinienne et le nomme David mais dont il n\u2019assume pas les origines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces liens entre les histoires m\u2019ont donn\u00e9, en tant que spectatrice, une sensation de confiance car je me sentais capable d\u2019identifier les proc\u00e9d\u00e9s du dramaturge donc j\u2019\u00e9tais plus impliqu\u00e9e dans la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce est d\u00e9coup\u00e9e en quatre parties, \u00ab&nbsp;Oiseaux de beaut\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Oiseaux de malheur&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Oiseaux du hasard&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Oiseau amphibie \u00bb. Chaque titre \u00e9claire une dimension de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La beaut\u00e9 a une place centrale dans l\u2019\u0153uvre. Elle est pr\u00e9sente en Wahida qui se d\u00e9tachera, au fur et \u00e0 mesure des sc\u00e8nes, de l\u2019aspect physique que l\u2019on attribue \u00e0 ce mot \u00e0 son sujet. On peut aussi la voir \u00e0 travers Eitan qui s\u2019estime pourtant d\u00e9nu\u00e9 de cette perfection plastique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le malheur donne aussi son rythme \u00e0 la pi\u00e8ce. Il est identifiable en chacun des personnages&nbsp;:&nbsp; le malheur d\u2019un p\u00e8re attach\u00e9 \u00e0 une histoire \u00e0 laquelle il s\u2019identifie mais que son fils refuse de consid\u00e9rer comme le diktat de la vie&nbsp;; celui d\u2019une jeune femme qui essaie de s\u2019immerger dans l\u2019histoire de quelqu\u2019un d\u2019autre pour ne pas avoir \u00e0 faire face \u00e0 celle qu\u2019elle rejette depuis toujours, la sienne. Il y a aussi celui de Leah qui ne peut traduire ses profonds regrets que par le sarcasme, une d\u00e9rision qui donne tout de m\u00eame \u00e0 la pi\u00e8ce une sorte de respiration. L\u2019\u00e9motion passe alros d\u2019une couleur sombre et lourde \u00e0 quelque chose de plus l\u00e9ger pendant quelques instants. C\u2019est comme si les battements de c\u0153ur projet\u00e9s sur les murs mimaient les changements de ressentis chez le spectateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le hasard quant \u00e0 lui, offre beaucoup de rebondissements \u00e0 la pi\u00e8ce. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 lui que se sont rencontr\u00e9s Wahida et Eitan. Cette rencontre \u00e9tant l\u2019objet de la premi\u00e8re sc\u00e8ne, le hasard va guider une sc\u00e8ne vers une autre jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, l\u2019oiseau amphibie&nbsp;: il repr\u00e9sente beaucoup, le v\u00e9cu des personnages, le sentiment d\u2019\u00e9tranget\u00e9 des nations entre elles mais surtout des personnages \u00e0 eux-m\u00eames. C\u2019est de ce sentiments que d\u00e9coule la phrase symbolique de Wahida&nbsp;: \u00ab&nbsp;I AM AN ARAB&nbsp;\u00bb. C\u2019est une phrase d\u2019\u00e9mancipation. Quand elle est prononc\u00e9e, elle retentit comme des mots de lib\u00e9ration&nbsp;; elle n\u2019est plus encha\u00een\u00e9e \u00e0 des st\u00e9r\u00e9otypes et elle se rapproche de ses racines&nbsp;: elle est Arabe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019aspect symbolique de la pi\u00e8ce est fortement soulign\u00e9e par la mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En premier lieu, MOUAWAD a r\u00e9alis\u00e9 un travail de rythmique \u00e9poustouflant. La musique a un r\u00f4le majeur dans l\u2019\u0153uvre. Elle sert \u00e0 installer une atmosph\u00e8re ralentie quand les personnages se retrouvent sur la sc\u00e8ne par leur pr\u00e9sence physique ainsi que hors de la sc\u00e8ne par leur statisme ou leur ralentissement. La musique passe de cet effet de pesanteur, de suspens avec des instruments \u00e0 corde, \u00e0 des explosions \u00e9normes et surprenantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des bruits d\u2019avions, de bombes, parfois m\u00eame de t\u00e9l\u00e9vision, servent \u00e0 impliquer, immerger le spectateur dans le v\u00e9cu des personnages. Nos c\u0153urs battent fort pendant ces explosions. Ils acc\u00e9l\u00e8rent, palpitent avec inqui\u00e9tude au son de la mort. Il y a comme un effet d\u2019\u00e9chos, de vibration, de r\u00e9sonance. L\u2019exp\u00e9rience semble partag\u00e9e entre le spectateur et le personnage. Nous sommes, ensemble, en pleine travers\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les murs mobiles redessinent l\u2019espace sc\u00e9nique et miment \u00e9galement le mot \u00ab&nbsp;Traverser&nbsp;\u00bb omnipr\u00e9sent dans chaque dimension de la pi\u00e8ce&nbsp;: les travers\u00e9es d\u2019\u00e9poque (de David adulte \u00e0 David plus jeune), les travers\u00e9es de lieux (des USA \u00e0 Isra\u00ebl&nbsp;; d\u2019Allemagne aux USA&nbsp;; d\u2019Isra\u00ebl en Allemagne&nbsp;; d\u2019Isra\u00ebl en Palestine \u2026). Ces passages sont manifestes par les transitions chromatiques &#8211; de couleurs froides sur mur droit \u00e0 couleurs chaudes sur mur concave. C\u2019est une mobilit\u00e9 que nous retrouvons dans les meubles. Par exemple la table qui est utilis\u00e9e comme table de biblioth\u00e8que au d\u00e9but est aussi la table pour le repas de famille, un brancard et un lit d\u2019h\u00f4pital. De plus, MOUAWAD utilise de simples chaises pour repr\u00e9senter une salle d\u2019attente ainsi qu\u2019un repas de famille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mise en sc\u00e8ne est aussi tr\u00e8s int\u00e9ressante quand il s\u2019agit d\u2019illustrer la mort, la violence ou m\u00eame le coma. Prenons l\u2019exemple de la discussion qu\u2019a David avec lui-m\u00eame pendant le coma de son fils&nbsp;: il semble qu\u2019il l\u2019a avec Eitan qui lui est assis au bord de son lit d\u2019h\u00f4pital. Le spectateur se sent, \u00e0 ce moment-l\u00e0, plong\u00e9 dans une intimit\u00e9 profonde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La lumi\u00e8re et les couleurs jouent aussi des r\u00f4les importants. Elles marquent les changements de lieux et d\u2019ambiance&nbsp;: bleu \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, rouge en discoth\u00e8que, blanc agressif pendant ce d\u00eener tr\u00e8s hostile. Dans la sc\u00e8ne du viol, Wahida est fortement expos\u00e9e, non seulement par l\u2019abus de pouvoir qu\u2019elle subit, et par sa nudit\u00e9 mais surtout par ce carr\u00e9 de lumi\u00e8re blanche et agressive, qui l\u2019entoure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin la symbolique de la lumi\u00e8re et des couleurs prend une dimension m\u00e9taphorique lors de la derni\u00e8re sc\u00e8ne&nbsp;: celle des adieux. Cette sc\u00e8ne est accompagn\u00e9e d\u2019un grand \u00e9cran bleu ainsi que de deux murs formant un angle \u00e9troit qui donne une impression de tunnel, de secret, mais qui est aussi impressionnant par sa couleur et son immensit\u00e9. Cela peut repr\u00e9senter une infinit\u00e9 de choses&nbsp;: le mur de s\u00e9paration isra\u00e9lo-palestinien, une porte vers les cieux qui offrent finalement le repos ou encore la tombe de David qui part en acceptant sa v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas la v\u00e9rit\u00e9 qui a crev\u00e9 les yeux d\u2019\u0152dipe, c\u2019est la vitesse \u00e0 laquelle elle est arriv\u00e9e&nbsp;\u00bb. Voici une phrase, prononc\u00e9e par Norah, qui refl\u00e8te tout l\u2019enjeu de v\u00e9rit\u00e9, mensonge et non-dits dans cette pi\u00e8ce. Il y a la v\u00e9rit\u00e9 et sa qu\u00eate, la v\u00e9rit\u00e9 et son d\u00e9ni. L\u2019ouverture se fait avec le personnage de L\u00e9on l\u2019Africain offrant son livre \u00e0 Wahida qui tout au long de la pi\u00e8ce cache son mal-\u00eatre face \u00e0 sa propre histoire, derri\u00e8re la recherche acharn\u00e9e de la v\u00e9rit\u00e9 d\u2019autrui&nbsp;: celle d\u2019Eitan et sa grand-m\u00e8re et celle de David, le b\u00e9b\u00e9 arabe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est seulement dans les derni\u00e8res sc\u00e8nes de la repr\u00e9sentation qu\u2019elle parvient \u00e0 aimer ses origines arabes, \u00e0 trouver sa v\u00e9rit\u00e9. Avant cela, elle se situait dans l\u2019illusion, privil\u00e9giant l\u2019image de la jolie fille \u00e0 celle d\u2019une femme forte et fi\u00e8re de son histoire. Cette \u00e9volution est m\u00eame visible dans son costume qui passe d\u2019une robe rouge fluide et pleine de f\u00e9minit\u00e9 soulign\u00e9e par sa longue chevelure, \u00e0 des v\u00eatements plus neutres et une coupe courte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette pi\u00e8ce, chaque personnage incarne une v\u00e9rit\u00e9 ainsi qu\u2019une mani\u00e8re de la dissimuler. Le personnage de Leah par exemple, pleine d\u2019humour et d\u2019indiff\u00e9rence en surface, cache une souffrance et de profonds regrets. C\u2019est un mouvement qui est souvent rencontr\u00e9 dans la pi\u00e8ce&nbsp;: la transposition du comique au tragique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sensation de non-dits, quant \u00e0 elle, cr\u00e9e cette atmosph\u00e8re pesante et tragique qui habite \u00e9galement les personnages, comme dans le repas de famille o\u00f9 David exprime le d\u00e9shonneur qu\u2019il ressent \u00e0 l\u2019annonce de la relation entre son fils et Wahida. La tension est alors plus que palpable, la lumi\u00e8re agressive tout comme le ton de David.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e8me de la v\u00e9rit\u00e9 est souvent li\u00e9 au Temps, au pass\u00e9 de chacun et \u00e0 l\u2019Histoire. D\u2019ailleurs MOUAWAD a trait\u00e9 le temps d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s inclusive pour le spectateur. Il a utilis\u00e9 des flash-back pour introduire le pass\u00e9 dans le pr\u00e9sent et expliquer l\u2019un par l\u2019autre, comme le retour sur l\u2019enfance de David qui est mis en sc\u00e8ne par un simple changement de lumi\u00e8re. David est donc pass\u00e9 de l\u2019homme brave et fier \u00e0 l\u2019enfant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00f4le de Wahida dans la question de la v\u00e9rit\u00e9 est aussi tr\u00e8s important. Elle est pr\u00e9sente du d\u00e9but \u00e0 la fin&nbsp;: de sa recherche de la v\u00e9rit\u00e9 sur le p\u00e8re de David \u00e0 la sc\u00e8ne symbolique de sa mort o\u00f9 il trouve la paix gr\u00e2ce \u00e0 elle, qui lui a pr\u00e9sent\u00e9 l\u2019histoire de Hassan Ibn Muhamed el Wazz\u00e2n. David a pu se reconna\u00eetre dans cette histoire et donc trouver sa v\u00e9rit\u00e9. Wahida a donc jou\u00e9 le r\u00f4le de m\u00e9diatrice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Somme toute, <em>Tous des oiseaux<\/em> est une \u0153uvre centr\u00e9e sur l\u2019identification. En passant du mythe \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du rapport d\u2019\u00e9tranget\u00e9 entre les Hommes, Wajdi MOUAWAD a su captiver le spectateur \u00e0 l\u2019aide de variations de genre. Nous avons v\u00e9cu le comique et le tragique, le croisement des histoires personnelles avec l\u2019Histoire et l\u2019actualit\u00e9 du conflit isra\u00e9lo-palestinien. Les \u00e9l\u00e9ments de mise en sc\u00e8ne en accord avec son id\u00e9e du Th\u00e9\u00e2tre de transformation et de non-distanciation face au spectateur nous ont permis de nous sentir impliqu\u00e9s, immerg\u00e9s dans la pi\u00e8ce. MOUAWAD dit vouloir constamment \u00ab&nbsp;bouleverser&nbsp;\u00bb le spectateur. Et il y parvient&nbsp;! La mise en perspective de l\u2019intrigue par les questions de la v\u00e9rit\u00e9 et du mensonge, de la v\u00e9rit\u00e9 et de l\u2019illusion, de la v\u00e9rit\u00e9 et du d\u00e9ni a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 un v\u00e9ritable chef-d\u2019\u0153uvre th\u00e9\u00e2tral.<\/p>\n<h3 align=\"center\"><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: center;\" align=\"center\">Tous des oiseaux, Wajdi Mouawad<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: center;\" align=\"center\">par Alexandra<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous des oiseaux, nouveau chef-d\u2019\u0153uvre offert par l\u2019auteur et metteur en sc\u00e8ne libano-qu\u00e9b\u00e9cois Wajdi Mouwad, a \u00e9t\u00e9 jou\u00e9 le mercredi 3 octobre 2018 au th\u00e9\u00e2tre de la cit\u00e9 \u00e0 Toulouse. Durant quatre heures, se d\u00e9roule une pi\u00e8ce prodigieusement mise en sc\u00e8ne, que nous ne pouvons voir que de l\u2019int\u00e9rieur. Jou\u00e9s par huit com\u00e9diens venant tous d\u2019horizons diff\u00e9rents, les personnages vont user de quatre langues pour nous permettre l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019intelligence et \u00e0 la po\u00e9sie de ce texte \u00e9crit en 2018. L\u2019Arabe, l\u2019H\u00e9breu, l\u2019Allemand et l\u2019Anglais forment une diversit\u00e9 culturelle et linguistique dans ce spectacle. Elles s\u2019associent tout au long de celui-ci pour traiter de sujets tels que l\u2019identit\u00e9, la v\u00e9rit\u00e9, le secret ainsi que le conflit isra\u00eblo-palestinien. Mouwad, \u00e0 partir de d\u00e9sastres successifs et de questionnements sur soi, les autres, ce qui devrait \u00eatre accept\u00e9 ou non, a cherch\u00e9 \u00e0 rencontrer l\u2019Ennemi, \u00e0 approcher toutes ces fronti\u00e8res immat\u00e9rielles qui divisent, pour les rendre aussi insignifiantes que la notion d\u2019identit\u00e9 qui ne cherche, elle aussi, qu\u2019\u00e0 diviser lorsqu\u2019elle sert de justification \u00e0 l\u2019intol\u00e9rance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce, d\u00e9coup\u00e9e en quatre actes, d\u00e9bute avec la fixit\u00e9 de Wahida, jeune doctorante d\u2019origine arabe jou\u00e9e par Souheila Yacoub. Elle appara\u00eet dans un espace sc\u00e9nique \u00e9pur\u00e9 et simple. Une biblioth\u00e8que est projet\u00e9e sur de longs blocs mobiles utilis\u00e9s tout au long du spectacle, ayant une port\u00e9e parfois m\u00e9taphorique par l\u2019analogie avec un mur dont la fonction est de s\u00e9parer. Mais ils permettent, avant tout, de projeter les traductions des diff\u00e9rentes langues utilis\u00e9es sur le plateau. Les traductions, ici, sont nettes, accessibles au public et donnent acc\u00e8s \u00e0 la beaut\u00e9 du texte originel. Devant ces blocs, une table de travail et, dispos\u00e9s dessus, une lampe, un livre ancien. Cette table sert de transition par sa m\u00e9tamorphose. En effet, l\u2019esth\u00e9tique de la mise en sc\u00e8ne de Tous des oiseaux, repose en partie sur la mobilit\u00e9 et la transformation des objets sc\u00e9niques, suivant le cours changeant des \u00e9v\u00e9nements. Les chaises, par exemple, ne repr\u00e9sentent au d\u00e9but que de simples objets pratiques puis servent, par la suite et \u00e0 plusieurs reprises, \u00e0 exprimer la col\u00e8re, la rage de certains personnages. Les objets constituant l\u2019ensemble de l\u2019espace sc\u00e9nique sont en nombre r\u00e9duit mais ont un grand int\u00e9r\u00eat, propre aux situations autour desquelles les personnages s\u2019animent. Et toujours, ces mouvements, concernant non plus le mat\u00e9riel mais les corps, sont trait\u00e9s de mani\u00e8re tr\u00e8s int\u00e9ressante. Ils cr\u00e9ent des rythmes diff\u00e9rents changeants, passant de la fixit\u00e9 (dont celle de Wahida au tout d\u00e9but), au ralentissement, comme c\u2019est le cas lors des derni\u00e8res images quand David, le p\u00e8re d\u2019Eitan, h\u00e9ros de la pi\u00e8ce, traverse le plateau avec lenteur, appuyant l\u2019importance, le poids dramatique de la sc\u00e8ne. C\u2019est aussi le cas au moment de l\u2019explosion, lorsque Wahida et Eitan dansent dans un club sur une musique saccad\u00e9e. Ces rythmes permettent de l\u00e9guer aux corps l\u2019expression des sentiments des personnages, ou encore de traduire une atmosph\u00e8re avec un langage corporel sinc\u00e8re et tr\u00e8s parlant pour le spectateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La musique et le son sont des aspects des choix de mise en sc\u00e8ne \u00e0 ne pas omettre d\u2019\u00e9voquer. Pour souligner l\u2019apaisement lors de la rencontre entre Wahida et Eitan, des musiques compos\u00e9es au piano ou au violoncelle sont jou\u00e9es&nbsp;? Au contraire, d\u2019autres \u00e9v\u00e9nements, plus tragiques, par exemple dans la sc\u00e8ne entre Wahida et une soldate, au cours de laquelle des violences sexuelles sont repr\u00e9sent\u00e9es, en deviennent insupportables par l\u2019intensification, la dramatisation apport\u00e9es par des musiques plus \u00ab&nbsp;lourdes&nbsp;\u00bb. Cependant, elles restent, la plupart du temps, inscrites dans la tradition Moyen-Orientale ou dans son contexte actuel avec l\u2019accompagnement de bruits, de vibrations, tels que ceux des avions militaires, faisant de l\u2019exp\u00e9rience du com\u00e9dien, celle du spectateur \u00e9galement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais l\u2019atmosph\u00e8re n\u2019est pas seulement sugg\u00e9r\u00e9e par les sons. Les lumi\u00e8res et les couleurs, toujours monochromes, nous donnent instinctivement l\u2019aspect positif ou n\u00e9gatif des sc\u00e8nes. Parmi les couleurs utilis\u00e9es, il y a le rouge, le bleu, le gris et m\u00eame parfois le vert. La derni\u00e8re image contient une douche de lumi\u00e8re \u00e9clairant une pierre tombale, celle de David mais aussi de toutes celles et ceux, tu\u00e9s d\u2019une certaine mani\u00e8re aussi par l\u2019intol\u00e9rance, donnant donc un c\u00f4t\u00e9 m\u00e9taphorique \u00e0 l\u2019\u00e9clairage. Celui-ci aide, en fait, \u00e0 souligner un \u00e9tat, une \u00e9motion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est soulign\u00e9e \u00e9galement, l\u2019appartenance \u00e0 une culture, \u00e0 des origines par les habits. Lors des festivit\u00e9s juives, les personnages masculins pr\u00e9sents portent des kippas, des costumes noirs et blancs, sobres, en accord ici avec leur croyance et leur sentiment d\u2019appartenance. Pour le personnage de Wahida, le costume souligne un d\u00e9saccord entre son apparence, tr\u00e8s f\u00e9minine et la personne qu\u2019elle a choisi d\u2019\u00eatre, mais qui s\u2019est perdue dans la superficialit\u00e9. Par la suite, elle coupe ses cheveux et la robe qu\u2019elle portait jusqu\u2019ici est remplac\u00e9e par un t-shirt et un jean. C\u2019est donc gr\u00e2ce et \u00e0 travers ses habits que nous percevons son \u00e9volution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un dernier \u00e9l\u00e9ment de mise en sc\u00e8ne reste \u00e0 \u00e9voquer: les flash-backs, permettant la transformation du r\u00e9cit, qui ici reste fluide, accessible. Ils interviennent souvent lorsque les blocs ou les objets se mettent en mouvement. Les flash-backs peuvent \u00e9galement \u00eatre per\u00e7us \u00e0 travers une gestuelle qui change. Le personnage de David passe de l\u2019\u00e2ge adulte \u00e0 celui d\u2019enfant par le simple fait de s\u2019accroupir, d\u2019adopter une certaine attitude, nous faisant r\u00e9ellement voir le jeune David, sans aucune difficult\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces co-pr\u00e9sences du pass\u00e9 et du pr\u00e9sent, \u00e9l\u00e9ments cruciaux et travaill\u00e9s de la mise en sc\u00e8ne de Wajdi Mouwad, permettent d\u2019articuler toutes ces r\u00e9flexions autour de l\u2019identit\u00e9, la v\u00e9rit\u00e9, le secret, et, au c\u0153ur de ces d\u00e9sordres familiaux et personnels, le conflit isra\u00eblo-palestinien. Accompagn\u00e9 d\u2019une mise en sc\u00e8ne sublimement r\u00e9ussie, de grandes interrogations vont prendre racine dans le parcours des personnages et dans le n\u00f4tre, celui de spectateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle d\u00e9bute avec l\u2019histoire d\u2019amour naissante entre Eitan et Wahida&nbsp;; suit le coma dans lequel le jeune homme tombe \u00e0 la suite d\u2019une attaque terroriste sur le pont Allemby, entre Isra\u00ebl et la Jordanie. C\u2019est donc autour de cet \u00e9v\u00e9nement que vont s\u2019exprimer les interrogations sur la communication \u00e0 travers les langues, la question de la transmission de l\u2019Histoire ainsi que celle qui reste familiale, le r\u00f4le de la v\u00e9rit\u00e9 et du secret, la recherche de soi et des autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les langues se m\u00e9langent entre elles tout au long du spectacle, en revanche, moins entre les personnages venant d\u2019origines diff\u00e9rentes. Il y a d\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019Anglais, langue de communication, utilis\u00e9e pour dire les formalit\u00e9s, parl\u00e9e par tous les personnages. De l\u2019autre, l\u2019Arabe, parl\u00e9 par Wahida et W\u00e2ssan, un intellectuel arabe du d\u00e9but du XVIe si\u00e8cle ; l\u2019H\u00e9breu, parl\u00e9 par le p\u00e8re, les grands-parents d\u2019Eitan et lui-m\u00eame. Ce personnage parle \u00e9galement l\u2019Allemand, langue transmise par sa m\u00e8re, Norah. Si l\u2019Anglais est pr\u00e9sent pour que tous les personnages parviennent \u00e0 se comprendre, les autres langues, h\u00e9rit\u00e9es des origines servent plus \u00e0 exprimer les \u00e9motions telles que la col\u00e8re, la douleur, la tristesse\u2026 Ce m\u00e9lange linguistique permet le r\u00e9alisme et enrichit le texte par la beaut\u00e9 de cette diversit\u00e9. Le public transport\u00e9 par cette pluralit\u00e9 linguistique, n\u00e9cessaire, venant d\u2019h\u00e9ritages diff\u00e9rents, peut ainsi \u00e9largir sa vision au monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sujet de la transmission s\u2019\u00e9tend \u00e0 celui de l\u2019Histoire. Celle que poss\u00e8de une famille, \u00e0 travers les g\u00e9n\u00e9rations mais aussi celle des individus ayant une origine en commun. Cette question de la transmission pose probl\u00e8me lorsque l\u2019individu confond identit\u00e9 et origine. Le repas du&nbsp; Seder en est un parfait exemple. Pour le p\u00e8re d\u2019Eitan, l\u2019on est ce d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient, c\u2019est pourquoi il refuse avec violence la demande de son fils d\u2019\u00e9pouser Wahida (qui a des origines arabes), faisant \u00e9cho \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre pi\u00e8ce de Rom\u00e9o et Juliette. Convaincu d\u2019\u00eatre juif, David rab\u00e2che, encore et encore, les \u00e9v\u00e9nements de la Shoah comme s\u2019il les avait v\u00e9cus, engendrant des discours haineux, d\u00e9bordant d\u2019intol\u00e9rance envers les \u00e9trangers \u00e0 son groupe d\u2019origine, croit-il . Les fronti\u00e8res, ici, apparaissent dans ce genre de propos. Eitan dont la raison n\u2019a pas c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la haine, ne comprend pas pourquoi son p\u00e8re persiste \u00e0 tra\u00eener, et faire tra\u00eener \u00e0 son entourage les cha\u00eenes du malheur subi par ses anc\u00eatres. Face \u00e0 la col\u00e8re de son fils, David cesse son discours sur les Camps de concentration, ne sachant quoi r\u00e9pondre \u00e0 la question d\u2019Eitan : \u00abPourquoi s\u2019y attacher lorsque l\u2019on n\u2019y conna\u00eet rien?\u00bb. Ces incompr\u00e9hensions familiales, nombreuses dans la pi\u00e8ce entretiennent un h\u00e9ritage de violence, qui ne pourra se changer en paix, si l\u2019on ne garde que celle-ci en nous et participent au tragique qui p\u00e8se sur tous les personnages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, cette notion de transmission poss\u00e8de une valeur universelle, intemporelle. Mais Tous des oiseaux, s\u2019inscrivant dans une p\u00e9riode contemporaine, traite du conflit actuel entre Isra\u00ebl et la Palestine. Ces conflits, omnipr\u00e9sents \u00e0 travers les discours haineux, les tristes nouvelles des journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s annon\u00e7ant les morts de civils, laissant entendre la souffrance dans les cris de ceux qui restent, sont le d\u00e9clenchement, le noyau de l\u2019intrigue. C\u2019est autour du lit o\u00f9 repose dans le coma Eitan, que ses parents et ses grands-parents vont se r\u00e9unir, \u00e0 contre-c\u0153ur, pour pleurer les cons\u00e9quences d\u2019une guerre absurde g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par des id\u00e9ologies dont certains tel que David, sont partisans ; mais aussi pour assumer et prendre conscience des certaines choses. Cet espace-temps suspendu permet \u00e9galement de d\u00e9voiler les chagrins identitaires des personnages, leur malheur et leurs interrogations, remettant sur le tapis les secrets qui font partie de chaque famille. La v\u00e9rit\u00e9 doit-elle \u00e9clater ? Le confort de l\u2019illusion identitaire est-il pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, aussi effrayante et d\u00e9vastatrice soit-elle ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00f4le de la v\u00e9rit\u00e9 est au c\u0153ur de ce drame. Par ironie du sort, on apprend le mensonge autour duquel toute la vie de David est fond\u00e9e. Il fait en r\u00e9alit\u00e9 partie d\u2019un peuple palestinien qu\u2019il a toute sa vie ha\u00ef, avec une force et une conviction consid\u00e9rable. Pouss\u00e9 par une identit\u00e9 illusoire, construite \u00e0 partir d\u2019une origine illusoire, il n\u2019a jamais cherch\u00e9 \u00e0 aller vers ceux qu\u2019il consid\u00e9rait autres.&nbsp; Leah, la grand-m\u00e8re d\u2019Eitan d\u2019origine isra\u00e9lienne, jou\u00e9e par Leora Rivlin, \u00e9tait seule, avec son ex-mari, Etgar \u00e0 d\u00e9tenir ce secret, en partie objet de leur s\u00e9paration. R\u00e9side en elle la souffrance de cet exil familial pour n\u2019avoir pas su dire la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 un fils, avec lequel elle n\u2019aura partag\u00e9 que tr\u00e8s peu de moments. Elle se retrouve, un jour de visite, dans la salle d\u2019attente avec Norah, venant elle aussi visiter son fils. Celle-ci \u00e9tant psychiatre et psychanalyste, redoute les effets de la v\u00e9rit\u00e9, qui selon elle, n\u00e9cessite un temps, une mani\u00e8re de l\u2019annoncer. Cette mani\u00e8re d\u2019envisager la v\u00e9rit\u00e9 est soulign\u00e9e par la suite, par une analogie avec \u0152dipe. \u00abCe n\u2019est pas la v\u00e9rit\u00e9 qui te tue mais la vitesse \u00e0 laquelle tu re\u00e7ois cette v\u00e9rit\u00e9\u00bb. Ici, la v\u00e9rit\u00e9 est \u00e0 l\u2019Homme ce que l\u2019\u00e9p\u00e9e est aux yeux d\u2019Oedipe. Elle supplie donc la m\u00e8re d\u2019adoption de son mari de ne rien dire. Le masque de l\u2019indiff\u00e9rence et du cynisme derri\u00e8re lequel se prot\u00e8ge Leah, personnage rempli d\u2019humanit\u00e9, lui fait r\u00e9pondre qu\u2019elle est trop vieille et bien trop fatigu\u00e9e de tous ces secrets pour encore rester dans le silence. Mais ce ne sera pas elle qui annoncera \u00e0 David qu\u2019il a en fait \u00e9t\u00e9 recueilli dans une bo\u00eete \u00e0 chaussures, abandonn\u00e9e au milieu des d\u00e9combres laiss\u00e9s par le passage d\u2019une guerre. C\u2019est Etgar, son p\u00e8re, qui en prend la responsabilit\u00e9. David, dans un premier temps, ne veut pas y croire mais son rire nerveux laisse vite place \u00e0 une crise de nerfs. Admettre qu\u2019il vient du camp ennemi n\u2019est pas supportable. L\u2019identit\u00e9, qu\u2019il s\u2019\u00e9tait construite durant toute sa vie, s\u2019effondre d\u2019un seul coup, et c\u2019est justement la vitesse \u00e0 laquelle a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e cette v\u00e9rit\u00e9 qui sera reproch\u00e9e \u00e0 Etgar par presque toute la famille. David ne s\u2019en remettra pas et restera muet. N\u00e9anmoins, cette tournure tragique permet de d\u00e9livrer un dernier message, primordial : celui de l\u2019acceptation des autres et de soi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette notion d\u2019acceptation est d\u2019abord tr\u00e8s pr\u00e9sente dans le personnage de Wahida. D\u2019origine arabe, elle tente, dans une grande partie de la pi\u00e8ce \u00e0 renier celle-ci, de l\u2019occulter. Elle l\u2019accepte finalement, pr\u00e9f\u00e9rant assumer tragiquement ses origines. Elle rompt avec Eitan, sorti du coma et retourne dans son pays d\u2019origine : \u00abJ\u2019ai \u00e9t\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du mur, j\u2019ai march\u00e9 au hasard dans la poussi\u00e8re de la Palestine et j\u2019ai eu l\u2019impression de rentrer chez moi\u00bb. Ces deux personnages se voient tous deux rattrap\u00e9s par une r\u00e9alit\u00e9 historique qui semble \u00eatre encore plus forte que leur amour r\u00e9ciproque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce se termine avec la narration du mythe de l\u2019oiseau amphibien par W\u00e2ssan, L\u00e9on l\u2019Africain, jou\u00e9 par le com\u00e9dien Syrien Jalal Attawil, qui a subi le r\u00e9gime tyrannique de Bachar-Al-Assad. Ce mythe d\u2019une grande beaut\u00e9 po\u00e9tique est racont\u00e9 en arabe, langue de l\u2019origine v\u00e9ritable de David. Aussi \u00e9trange que cela puisse para\u00eetre, David comprend tout ce qui est dit et \u00e9coute avec \u00e9motion, jubilation le r\u00e9cit de la transformation d\u2019un oiseau. Cet oiseau, d\u00e9passant les pr\u00e9jug\u00e9s, les barri\u00e8res invisibles de l\u2019esprit, va \u00e0 la rencontre du monde aquatique, diff\u00e9rent du sien, pour en d\u00e9couvrir la beaut\u00e9. Des ou\u00efes, figures de l\u2019acceptation et de la tol\u00e9rance, lui poussent. C\u2019est \u00e0 la fin de ce mythe que David se retire de la vie par une petite porte sur laquelle les personnages viennent s\u2019appuyer&nbsp; comme pour s\u2019impr\u00e9gner de tout ce que peut repr\u00e9senter l\u2019acceptation, m\u00e9taphoris\u00e9e en une derni\u00e8re image, celle d\u2019une douche de lumi\u00e8re \u00e9clairant une pierre d\u00e9pos\u00e9e sur la sc\u00e8ne par Eitan.&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous des oiseaux est n\u00e9 d\u2019une rencontre entre Wajdi Mouawad et l\u2019historienne Natalie Zemmon Davis. L\u2019auteur explore \u00e0 travers cette \u0153uvre cruelle, violente mais contemporaine toutes les facettes du conflit jud\u00e9o-palestinien &nbsp;\u00e0 travers huit personnages, tous tortur\u00e9s par des identit\u00e9s meurtries. Mouawad r\u00e9ussit avec talent \u00e0 d\u00e9noncer une Histoire en manque de communaut\u00e9, d\u2019acceptation, qui prend racine dans une confusion entre l\u2019identit\u00e9 n\u2019\u00e9tant qu\u2019un \u00abr\u00eave\u00bb et les origines. Notre rapport \u00e0 l\u2019autre, \u00abl\u2019ennemi\u00bb, est souvent conduit par la haine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pourquoi ce chef-d\u2019\u0153uvre est n\u00e9cessaire. Sinon, comment l\u2019Homme r\u00e9alisera-t-il qu\u2019il est capable, tel cet oiseau qui se voulait poisson, de nager dans la beaut\u00e9 qui se trouve en l\u2019Autre ?<u><\/u><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e9l\u00e8ves de l&rsquo;option th\u00e9\u00e2tre ont assist\u00e9 \u00e0 la repr\u00e9sentation de Tous des oiseaux, \u00e9crit et mis en sc\u00e8ne par Wajdi Mouawad, au th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 \u00e0 Toulouse au mois d&rsquo;octobre 2018. \u00c9crits autour de la pi\u00e8ce : &nbsp; L&rsquo;article de Na\u00efs L&rsquo;article de Thibault &nbsp; Wajdi Mouawad est un acteur, dramaturge et metteur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2521,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0},"categories":[16],"tags":[],"blocksy_meta":{"styles_descriptor":{"styles":{"desktop":"","tablet":"","mobile":""},"google_fonts":[],"version":6}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2520"}],"collection":[{"href":"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2520"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2520\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2527,"href":"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2520\/revisions\/2527"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2521"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2520"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2520"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/pbellevue.libreedu.ovh\/productions\/wpcdi\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2520"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}